CECI n'est pas EXECUTE Centre Norbert Elias : La « vie avec » les pesticides au Cambodge

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La « vie avec » les pesticides au Cambodge

Risques sanitaires, stratégies de contrôle et vulnérabilités

La « vie avec » les pesticides au Cambodge. Risques sanitaires, stratégies de contrôle et vulnérabilités

Porteuses du projet
Eve Bureau-Point (Centre Norbert Elias/CNRS), Carole Barthélémy (Laboratoire Population Environnement Développement/AMU)

Mots-clefs
Pesticides, agriculture, alimentation, risque, Cambodge

Contexte
Les pesticides ont longtemps été associés à une avancée révolutionnaire pour protéger les cultures et améliorer les rendements agricoles. Cependant, avec les mises au jour de plus en plus fréquentes d’affaires mettant en évidence les effets délétères des pesticides sur la santé humaine/animale et environnementale, ces substances chimiques sont au cœur de vives remises en question à l’échelle mondiale.

Comme des relations causales simples sont difficiles à établir entre pesticides et problèmes de santé, il est largement admis que la compréhension de ce problème de santé environnementale nécessite une multiplicité de regards venant à la fois des sciences de la vie et des sciences sociales. Or, peu de travaux en sciences sociales sont réalisés sur les enjeux sociaux de la circulation des pesticides, notamment dans les pays du Sud.

Au Cambodge, les pesticides ont été introduits dans le secteur agricole dans les années 1990, après une longue période de chaos et d’insécurité marquée par le régime des Khmers Rouges. Depuis, leur utilisation est croissante, leur circulation est peu contrôlée et des pesticides interdits par les législations des pays industrialisés circulent. L’introduction de ces substances produit des vulnérabilités, les risques sanitaires sont démultipliés et font l’objet d’une préoccupation croissante pour la population.

Objectifs

Ce projet a pour objectif d’étudier les perceptions des risques sanitaires générés par les pesticides, leur gestion individuelle et collective, ainsi que leur construction sociale. L’étude est centrée sur les agriculteurs et les consommateurs et tient compte des interactions avec les moines bouddhistes, les professionnels de santé, les distributeurs de pesticides et les acteurs du développement agricole.

Le projet se situe à l’interface de trois courants en anthropologie : l’anthropologie des objets et des techniques, l’anthropologie du risque et l’anthropologie de l’alimentation. Dans la continuité des travaux d’Appadurai (1986) et des recherches en anthropologie du médicament (Van der Geest 1996), ce projet permet d’étudier la circulation de l’objet pesticide et les enjeux sanitaires qui se construisent aux différentes étapes de leur circulation (distribution, utilisation, alimentation). Parallèlement, ce projet permet de renouveler la recherche sur les risques sanitaires imputés aux nouvelles technologies (Zonabend 1989). La notion de risque est au cœur de ce projet, tant elle renvoie aux dangers produits par la société elle-même et au contrôle de ce risque sanitaire par la société (Beck 2008). Aussi, les pesticides amènent les consommateurs à réinterroger leurs perceptions des aliments et leurs pratiques alimentaires. De nouvelles connaissances en anthropologie de l’alimentation sont attendues, alors qu’encore peu de travaux sont menés sur l’articulation entre alimentation et pesticides.

Trois axes sont développés dans ce projet : 1) pesticides, usages et savoirs dans le monde agricole, 2) pesticides et santé (maux attribués aux pesticides, techniques de soin préventives et curatives, politiques publiques), 3) pesticides et peurs alimentaires (aliments suspectés d’être contaminés, pratiques d’évitement des aliments, techniques profanes de nettoyage et de préparation, stratégies de vente et d’approvisionnement).

Si les enquêtes sont centrées sur le Cambodge pour documenter de façon approfondie, à l’échelle d’un pays du Sud, les effets incontrôlés de la mondialisation de ces substances, la collaboration avec Carole Barthélémy, sociologue qui travaille sur le sujet en France, permettra des mises en perspective entre différentes aires culturelles et différents contextes de régulation, à travers l’organisation de journées d’études, de publications communes et l’élaboration de nouveaux projets interdisciplinaires et internationaux.

Méthodologie

Deux enquêtes ethnographiques seront réalisées : 1) la première auprès de familles de riziculteurs et de maraîchers, 2) la seconde auprès de citadins plus distants du monde agricole. Elles seront menées dans trois provinces (Battambang, Kandal et Phnom Penh) et il s’agira de varier au maximum les caractéristiques des individus de la population d’enquête (genre, âge, niveau d’études, statut socio-économique) pour accéder à un panel diversifié de points de vue et de pratiques, et comprendre les logiques et les mécanismes qui se mettent en place pour faire face au risque sanitaire.

Financements

- Fondation de France : Appel Santé publique et environnement - mars 2018/février 2020
- Maison des Sciences de l’Homme-Paris Nord : Appel à projet Santé Environnement 2017






 

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