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Aurore Mansion

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Aurore Mansion

 

Doctorante inscrite à l'EHESS Marseille en septembre 2009 sous la direction de Pierre-Yves Le Meur, directeur de recherche à l'IRD.

Titre de la thèse

Ethnographie d’un objet institutionnel non identifié, le Comité technique « Foncier et développement » de la Coopération française.

 

Résumé de la thèse

Créé en 1996 à l’initiative de la Coopération française[1] pour l’aider à mieux appréhender une question de développement complexe, soumise à forte influence des dimensions politiques et historiques, le Comité technique « foncier et développement » est un objet original et intéressant à étudier à plusieurs titres.
Comme les autres groupes de travail et d’expertise collective ah doc mis en place à partir des années 80 pour alimenter les prises de décision et la programmation stratégique sur des thèmes divers et variés[2], le Comité était appelé à disparaitre une fois le sujet passé de mode, les crédits ponctuels mobilisés épuisés, et les convictions des parties prenantes érodées.
A la manière des réseaux qui ont fleuris et se sont progressivement institutionnalisés pour répondre au besoin d’une réflexion permanente de veille, d’analyse, d’évaluation et de prospective[3] de la coopération française, ce Comité est toujours en place plus de 15 ans après sa création, compte une soixantaine de membre et gère des financements relativement importants[4] à l’heure où sonne le glas des subventions.
A la fois articulé à l’Etat[5] mais pas complètement dedans non plus[6], cet « objet institutionnel non-identifié », cette fiction aux interstices de l’administration, prend pourtant corps dans une tradition française, où la capacité d’expertise et de production de connaissance destiné à la programmation stratégique est généralement internalisée (avec plus ou moins de succès d’ailleurs), et dans laquelle l’Etat entretient une certaine méfiance vis-à-vis des structures de type « think tank »[7].
Hybride dans son positionnement institutionnel, il est aussi dans sa composition en voyant cohabités plusieurs mondes à la fois poreux et étanches entre eux : celui du développement marqué par le poids des grands corps et le système des écoles d’ingénieurs, et celui de la recherche en sciences sociales pour le développement dans lequel peu de chercheurs acceptent d’inscrire leurs travaux dans la perspective d’une réponse à la demande.
L’aspect « niche » de son thème de travail (le foncier), souvent perçu comme une affaire de spécialiste, impliquant de très nombreuses politiques publiques transversales et sectorielles, va progressivement se construire en objet médiateur[8] offrant l’opportunité à l’Etat français d’entrer dans la compétition pour l’influence des controverses internationales et la recherche d’alternatives aux approches de type libéral.
Précurseur des premières réflexions stratégiques de fonds sur le sujet au milieu des années 90,  le Comité et avec lui la France, se fait néanmoins doublé quelques années plus tard par d’autres organisations internationales. Il peine aujourd’hui à faire entendre sa voix dans un contexte marqué par l’accélération et l’unification du marché des idées en matière de politiques foncières au Sud, dans le sens d’une formalisation à tout va des droits.
Au gré des personnalités et des enjeux qui se sont succédés dans le temps, le Comité a connu des succès et des échecs, résultats d’interactions entre une logique propre (des productions écrites, des débats d’idées, un élargissement dans sa composition et son champs de travail, etc.) et des logiques périphériques (renoncement et capitulation devant les thèses libérales de l’Etat français, réforme de la coopération, réforme des instituts de recherche pour le développement, etc.).
A la fois emblématique des évolutions à l’œuvre dans le champ des politiques actuelles de coopération en France, mais aussi atypique au regard de ses modes de fonctionnement collectif et institutionnel à contre-courant des pratiques dominantes, le Comité est  un être bizarre[9], proche du réseau, du rhizome[10]. Un lieu cadré (celui de l’interaction entre ses acteurs parties prenantes, en l’occurrence ses membres), mais connecté à d’autres lieux également cadrés (le dispositif de coopération de la France, les instituts de recherche sur le développement, les organisations internationales, les politiques foncières dans les pays, etc.). Un territoire diffus par lequel des idées et des connaissances circulent et construisent, plus ou moins bien, des effets de politique. Un « réservoir de lien » un lieu de libération par les réseaux[11] qui malgré sa forme hybride fournit des passerelles entre les objets, les personnes et les idées.
A partir d’une lecture dynamique et historique de cet objet, cette recherche interrogera les capacités, les modalités et les processus à partir desquels la coopération française et, à travers elle l’Etat français, arrive à partir de dispositif aux marges de son administration et avec plus ou moins de succès, à informer la politique en s’appuyant sur des connaissances scientifiques issues des sciences sociales. Dans quelles mesures les rapports entre production de connaissances en sciences sociales et action publique peuvent s’institutionnaliser en dehors de l’Etat ? Ou dit autrement, l’institutionnalisation de connaissance est-elle possible sans « institution » et à quelles conditions ?
Dans cette perspective, nous nous intéresserons d’une part au type d’objet hybride que constitue le Comité : quelle est la nature de l’hybridité à laquelle nous avons ici affaire ? Qui sont les acteurs parties prenantes à cet espace ? Quel est leur niveau d’interconnaissance ? Quelle est leur culture de travail et leur rapport au développement et à la recherche en sciences sociales ? Dans quel cadre de contrainte institutionnel, et univers cognitifs et sociaux s’inscrivent-ils ? De quel référentiel sont-ils porteurs ? Quelles sont les logiques de leur participation à un tel espace ? Comment sont-ils cooptés ? Quelles sont les modalités de fonctionnement et de gouvernance du groupe dans le temps ? Quelles ressources sont en jeu ? De quelle nature sont les travaux et réflexions collectifs du groupe et comment se construisent-ils ? Comment sont gérés les désaccords ? Comment se situent-ils par rapport à leur environnement idéologique ? Quels sont les enjeux de pouvoirs dans lesquels évoluent le Comité et ses membres ?
Nous interrogerons d’autre part les mécanismes, les médiations, les communications par lesquels des phénomènes d’incorporation des savoirs se construisent et la nature des effets d’apprentissage liés : quelles sont les connexions qui s’opèrent à la fois au sein du groupe et avec son environnement ? Quelles formes prennent ces connexions ? Comment s’opèrent-elles ? Qui sont les acteurs qui permettent au groupe de se stabiliser, de se reconfigurer et de percoler à son environnement ? Quelles sont les ressources par lesquelles les idées produites se maintiennent, se stabilisent, et se diffusent ? Comment les passerelles se construisent entre des personnes et des idées parfois incompatibles et concurrentes ? Quels sont les actants par lesquels se redistribuent les idées et les ressources en jeu ?
 

[1] Ministère de la Coopération française qui a disparu après la réforme de 1998, absorbé par le Ministère des affaires étrangères et la Caisse française de développement devenu Agence française de développement.
[2] La compétitivité et les crises sur les marchés agricoles, l’agroalimentaire, l’organisation du monde rural, les petites entreprises, etc.
[3] (Janine Sarraut-Woods 1998)
[4] Depuis 2006, le Comité pilote un projet mobilisateur sur financement de l’Agence française de développement pour un montant s’élevant jusqu’à ce jour à 2,5 millions d’Euros.
[5] Il est placé sous la tutelle et la présidence de la Coopération française : Ministère de la Coopération puis Ministère des affaires étrangères jusqu’en 2006, puis présidence formellement partagée avec l’AFD à partir de cette date.
[6] Il n’a connu aucune existence juridique et n’apparait dans aucun organigramme
[7] Nous retiendrons ici la définition de think tank proposée par Diane Stone et Mark Garnett, à savoir des organisations relativement autonomes (au moins sur le plan intellectuel) qui essaient « d’influencer » ou « d’informer » la politique grâce à des arguments intellectuels ou à des analyses plutôt que par du lobbying direct.
[8] (Steyaert 2006:92)
[9] (Schnapper 2010)
[10] (Latour 1992)
[11] (Paravel and Rosental 2003:246)
 

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