CECI n'est pas EXECUTE Centre Norbert Elias : "Puissance qÂt, Céline Lesourd, bande dessinée (en cours)

La fabrique des écritures innovantes en sciences sociales |

"Puissance qÂt, Céline Lesourd, bande dessinée (en cours)

Céline Lesourd en collaboration avec Nicolas Deleau


Céline Lesourd travaille aux enjeux sociaux, économiques et politiques de la circulation d’une plante stimulante, le qât, de Dire Dawa dans l’est ethiopien - où elle est produite et consommée - jusqu’ en Chine ou en Europe (ANR VIPOMAR).

Deux projets sont en cours : un premier ouvrage qui propose de rapprocher le travail ethnographique de sa forme littéraire et un second en collaboration avec Nicolas Deleau – écrivain, voyageur, dessinateur – explore une autre façon d’écrire l’anthropologie en empruntant le chemin de la bande dessinée.

Puissance qÂt : Circonvolutions d’une plante stimulante ethiopienne

Chacun arrive à son heure, après la prière de dhuhr [midi] avec son rameau de qât serré sous le bras ou arborant à la main un sac débordant de feuilles euphorisantes en vrac. Les premiers arrivés sur site préparent le terrain. Dans le cas d’une pièce de la maison exclusivement consacrée aux séances de qât, le majliss [salon de qât] est presque prêt, matelas, natte, coussins, cendriers, chacun s’installe à une place souvent prédéfinie, il ne reste alors qu’à commander les indispensables : de l’eau, des sodas, du thé, du café, la chicha – les ingrédients dépendant des habitudes de chacun. Ce sont souvent les femmes de la maison qui s’activent pour procurer ces derniers détails du bien-être. Dans le cas d’un espace polyvalent – déjeuner le midi, qât l’après-midi, chambre à la nuit tombée –  il convient de moduler la pièce : se procurer des coussins, installer une natte en plastique et requérir ensuite les boissons sucrées, pichets, cendriers, narguilé, verres et tasses ; la mise en place s’effectue dans une certaine agitation, qui s’occupe de l’eau fraîche, qui est missionné à la boutique, qui distribue les coussins, qui cherche les cendriers. Une hâte, l’attente fébrile [harara] du qât, qui contraste avec la sérénité qui suit, celle où chacun s’assoit et se concentre à l’essentiel. Préparer son bouquet. Certains consommateurs l’auront préalablement passé à l’eau puis fermement agité pour l’essorer avant de le reglisser dans le sachet en plastique – l’objectif étant de délivrer sa verte majesté d’éventuelles traces de pesticides tout en évitant de trop l’humidifier pour qu’elle ne se défraîchisse dans son sac sous le coup de la chaleur. Des habitudes réjouissantes toutes personnelles et toutes collectives à la fois. Préparer l’espace.  Préparer son butin.

Une fois assis, ou allongé, les manies de chacun font le reste, manies qui coïncident souvent avec la qualité du qât à consommer : dans le cas de feuilles achetées en vrac, certains vont d’abord les trier, conserver celles propres à la consommation [haterara] et évincer les mauvaises [garaba] ; d’autres, plus pressés, préfèreront séparer le grain de l’ivraie au fur et à mesure de la joyeuse pâture. Dans le cas de qât en tige [muqa jimaa], d’une « botte », nulle besoin de sélection au préalable, elle se fera soigneusement branche après branche. Mais chacun veille, sachet de feuilles ou fagot de branches, à décongestionner l’or vert, à le faire respirer en le répartissant harmonieusement dans son écrin de plastique.

Alors que certains ont commencé à mâchonner et que d’autres s’adonnent plus longuement aux plaisirs du « carafage », on se sert de l’eau, et chacun commente son vert menu, sa qualité, son lieu d’achat. Un beau qât, un qât moyen. Il a l’air frais. La vendeuse a mélangé les qualités [missmiss]. Prix élevé, bonne affaire. On attend la pluie… Un convive offre quelques rameaux à un autre [rabsada, le qât offert] qui s’en saisit tout en restituant une partie à son propriétaire [nagui]. Les conversations badines s’enchaînent participant ainsi à créer une atmosphère propice à l’appropriation individuelle du qât qui, de produit marchand affublé d’une valeur d’échange et assigné d’un prix, devient peu à peu, par les soins qui lui sont accordés, un objet « dé-marchandisé », un objet toujours plus unique, singulier. Dans certaines maisons, ces préliminaires s’accompagnent, souvent le vendredi, d’une bénédiction :

 

« De là où tu es venu, qu’il y ait la paix. Là où tu es, qu’il y ait la paix (…) Que le qât t’apporte la santé, le merqâna [état d’euphorie produit par le qât]et la baraka [chance] (…) Bismillah, que Dieu nous couvre de ses miséricordes. (…) Amin ». 

 

Céline Lesourd est notamment l’auteure de Mille et un litres de thé. Enquêtes auprès de businesswomen mauritaniennes, paru aux éditions Gingko (2010), dans la Collection De Près de Loin, consacrée aux nouvelles ethnographies. A partir de témoignages recueillis sur le terrain, en donnant la parole aux  femmes d’affaires, il est donné à entendre et comprendre les parcours ascensionnelles de ces Dames tout en  reconstituant sans fard la réalité de ce que les anthropologues appellent mystérieusement le « terrain ».

 

http://centre-norbert-elias.ehess.fr/index.php?1418

EHESS
CNRS
Université D'Avignon
Aix-Marseille

flux rss  Actualités

Projection et débat autour du film « Le patient éclairé »

Projection-débat - Mercredi 18 avril 2018 - 16:00A l'occasion de la journée internationale du droit des patients, une projection du film « le patient éclairé » par Laura Taubman est proposée et sera suivie d'un débat autour du thème « Quelle autonomie de décision du patient face au cancer? », mercredi 18 avril 2018.Programme16h00 : projection du film au cinéma LE MIROIR, La Vieille Charité, 13002 Marseille16h40 : débat sur le thème Quelle autonomie de décision du patient face au cancer?En présence deLaura Taubman, doctorante en anthropologie et réalisatricePr Dominique Maraninchi, professeur en cancérologieDr Julien Mancini, chercheurDr Marie Bannier, chirurgienneDr Jean-François Moulin, oncologueMadame Carole Linon, ancienne patiente et bénévole de l'association Restart...et d'autres invités...INSCRIPTION GRATUITE MAIS OBLIGATOIRE SUR :www.canceropole-paca.comRENSEIGNEMENTS :canceropole-paca@univ-amu.fr ou 04 91 32 47 00 (...)

Lire la suite

Le patient éclairé. Un film documentaire sur l’autonomie du patient atteint de cancer

Échos de la recherche -Ce film est réalisé par Laura Taubman, doctorante en anthropologie visuelle au Centre Norbert Elias (2018, 40 min).Le patient éclairé est un film de recherche sur l’autonomie du patient, tourné à l’Institut Paoli-Calmettes, centre de lutte contre le cancer à Marseille. Dans une démarche de démocratie sanitaire, le film questionne le rôle du patient comme étant acteur de ses soins, lui permettant de co-construire sa prise en charge. Il examine les relations qui lient patients, médecins et soignants pour tenter de cerner les enjeux de la participation du patient ainsi que les outils humains et technologiques mis à notre disposition pour que cette participation puisse grandir et se développer au sein de la médecine moderne. Le projet, réalisé dans le cadre de la Fabrique des écritures/Centre Norbert Elias (EHESS, CNRS, AMU), a reçu le soutien du Canceropôle PACA.Clara Ducord, Directrice du Canceropôle PACA : « La lutte contre le cancer est nécessairement collective. Dans la recherche comme dans les soins. C’est le sens de l’action du Canceropôle. C’est la raison principale de notre soutien à ce film innovant : il nous éclaire sur la place, l’autonomie, l’autorité du patient dans un ensemble qui œuvre à sa prise en charge. Le sujet est émergent mais déterminant, il est donc important qu’il soit traité de façon scientifique sous une forme qui permet la diffusion, le partage, le dialogue et le débat dans la communauté cancérologique, entre chercheurs, médecins, patients et citoyens. » Laura Taubman est réalisatrice et doctorante en anthropologie visuelle au Centre Norbert Elias (EHESS) à Marseille. Elle développe un travail sur l’éducation alternative et l'autogestion, sous la direction de Boris Petric. Elle a réalisé plusieurs films dans le cadre de La Fabrique des écritures. Voir Le Patient éclairé : https://vimeo.com/253222866 Le Centre Norbert ELiasLe Centre Norbert Elias regroupe près de 150 chercheurs et doctorants à Marseille et Avignon. C'est une unité mixte de recherche (UMR 8562) sous la tutelle du CNRS, de l'EHESS, d'AMU et de l'UAPV. La fabrique des écritures. Un lieu innovant de création et de réflexion ouvert aux chercheurs en sciences sociales.Adossée au Centre Norbert Elias (UMR 8562) à Marseille, la Fabrique est à la fois :un plateau technique disposant de locaux aménagés sur le site de la Vieille Charité dans le quartier du Panier, et équipés de matériel de montage, tournage, prise de son et d’image,un atelier de co-fabrication qui fédère chercheurs, artisans et techniciens, propose de sessions pratiques d’apprentissage et favorise les partenariats avec les acteurs culturels et les institutions muséographiques,un environnement pour les chercheurs qui souhaitent développer une pensée sur les formes créatives et/ou émergentes de description et de narration de la vie sociale, notamment sur les écritures numériques,une expérimentation d’un nouveau modèle économique de diffusion des productions scientifiques, capable à la fois de garantir l’indépendance intellectuelle des auteurs et de toucher différents types de publics. Une projection-débat autour du film aura lieu le mercredi 18 avril 2018 à 16h au Cinéma LE MIROIR, La Vieille Charité, 13002 Marseille. (...)

Lire la suite

Technographies

Appel à communication - Lundi 30 avril 2018 - 18:00Renouant avec un des objectifs premiers de Techniques & Culture, ce numéro portera sur les techniques de celles et ceux qui s’intéressent aux techniques. Il s’agira d’ouvrir la boîte à outils des praticiens qui s’intéressent aux savoirs et aux savoir-faire sur le terrain, les documentent, analysent et organisent les informations recueillies, les archivent et assurent leur transmission dans différents contextes (documentation scientifique, formation, curation, réutilisation, etc.). En mettant ainsi à l’honneur ce que l’on pourrait appeler la « technographie » – désignant l’ensemble des procédés d’écriture des techniques, ce numéro visera une double finalité : penser l’évolution des pratiques des spécialistes des techniques tout en assurant leur transmission en direction de celles et ceux qui souhaitent s’engager sur la même voie...(...)

Lire la suite

Plus d'actualités

École des hautes études en sciences sociales

Centre de la Vieille Charité
2, rue de la Charité
13002 Marseille

tél. : 04 91 14 07 27